De nombreux parents s’interrogent : que faire lorsqu’un enfant embête un autre en classe Montessori ? Les éducateurs interviennent-ils ? Est-ce vrai que certains enfants sont laissés sans défense, au nom de la “liberté” ?
Dans cet article, nous faisons le point sur cette idée reçue, en nous appuyant sur les principes pédagogiques et sur un témoignage réel d’éducatrice formée par l’AMI.
Il faut d’abord rappeler qu’une classe Montessori est un lieu structuré, avec des règles très claires. Ces règles ne sont pas arbitraires : elles protègent la concentration, l’autonomie et la liberté de chaque enfant — dans le respect de celles des autres.
Par exemple :
Ces règles sont présentées aux enfants dès leur entrée en classe et rappelées autant de fois que nécessaire, avec calme, cohérence et respect.
Un éducateur Montessori est en constante observation. Il n’est ni passif, ni systématiquement interventionniste. Il évalue chaque situation en se demandant :
« Est-ce que cet enfant peut apprendre quelque chose de cette situation par lui-même ? »
Si la réponse est oui, il n’intervient pas immédiatement. Cela permet à l’enfant de construire ses propres outils sociaux : dire non, poser ses limites, apprendre à attendre, exprimer un désaccord…
Mais s’il perçoit un risque physique, un manque de repères ou un comportement qui dépasse la capacité d’autorégulation de l’enfant, il intervient avec fermeté et douceur.

Un enfant ne devient pas sociable parce qu’on le protège de tous les conflits. Il devient sociable parce qu’il a l’occasion d’expérimenter les relations humaines et d’en tirer des leçons.
L’éducateur Montessori ne laisse pas “faire n’importe quoi” : il laisse vivre ce qui peut être formateur… tant que cela ne nuit pas à l’intégrité ou au développement d’un autre enfant.
Une éducatrice AMI raconte :
« Une fillette de deux ans acceptait toujours qu’une camarade se joigne à elle. Mais la seconde prenait vite le contrôle du jeu. La petite était frustrée, sans jamais oser s’opposer.
J’ai observé. Et peu à peu, au fil des jours, elle a commencé à réfléchir avant de dire oui. Puis un jour, elle a répondu non. Calme, sûre d’elle.
Si j’étais intervenue dès le début, elle n’aurait pas eu l’occasion de vivre ce processus. »
Si une situation te met mal à l’aise, il est important d’oser poser des questions. Mais avec une posture ouverte, sans accusation.
Tu peux dire, par exemple :
« J’aimerais mieux comprendre ce que vous avez observé dans cette situation. Pouvez-vous m’expliquer votre intention ? »
Il est préférable de poser ce genre de question hors de la classe, à un moment calme. Cela évite que le personnel se sente pris à partie devant les enfants.
Et si malgré cela tu restes dans le doute, n’hésite pas à demander un échange avec le psychologue de l’école.
Savoir quand intervenir et surtout quand ne pas intervenir est une compétence à part entière de l’éducateur Montessori. Il ne s’agit pas de laisser faire, mais de créer les conditions pour que chaque enfant développe son intelligence sociale, à son rythme, en sécurité, et avec respect de lui-même et des autres.
À partir de quel âge un enfant peut gérer un conflit seul ?
Cela dépend de l’enfant et de son développement. Dès 2 ans, certains enfants peuvent poser leurs limites. Mais l’adulte reste toujours en soutien, prêt à intervenir si nécessaire.
Et si mon enfant me dit qu’un autre l’a embêté ?
Il est important d’écouter, de valider son ressenti, puis de poser des questions à l’éducateur avec bienveillance. Ne pas tirer de conclusions hâtives.
Le fait de ne pas intervenir tout de suite ne risque-t-il pas de banaliser un mauvais comportement ?
Non, car l’éducateur observe : s’il sent que l’enfant ne peut pas gérer, il intervient. Laisser une chance à l’enfant de gérer n’est pas laisser faire.
Cet article est inspiré d’une réponse d’Anna Fedosova, éducatrice AMI et spécialiste du développement de l’enfant de 0 à 6 ans.