La Dre Maria Montessori reconnaissait que les sciences et l’histoire racontent, chacune à leur manière, une seule et même histoire : celle de la formation continue de l’univers. L’éducation cosmique raconte cette histoire dans son ensemble. Dans le style propre à Montessori, sa pratique met au jour les liens profonds entre l’astronomie, la chimie, la géographie, l’histoire, la biologie et bien d’autres domaines. Cependant, « l’étude » d’une matière académique en tant que telle reste secondaire par rapport au but principal de cet enseignement.
Dans leur livre Children of the Universe (Les enfants de l’univers), les montessoriens Michael et D’Neil Duffy résument magnifiquement l’objectif central de l’éducation cosmique : « Cette expérience Montessori de six ans offre aux enfants de l’élémentaire la possibilité de ressentir leur lien avec le cosmos, de reconnaître leur place en son sein et de comprendre l’importance immense que cela aura pour leur vie future. »
Pour montrer le rôle essentiel que joue l’éducation cosmique dans les classes élémentaires Montessori, nous répondons brièvement aux questions que se posent le plus souvent les parents et citons des passages choisis de Children of the Universe: Cosmic Education in the Montessori Elementary Classroom.

L’éducation cosmique n’est pas un « programme » ou un corpus de connaissances, mais plutôt une manière d’offrir une vision unifiée qui stimule l’exploration de divers domaines, à peu près équivalents aux matières académiques traditionnelles.
« Le but de l’enseignement n’est pas de faire de l’enfant une encyclopédie ambulante… Tous les faits appris pâlissent devant l’ampleur de la vision du monde que l’enfant acquiert en apprenant qui il est et quelle est sa place dans l’univers. »
L’éducation cosmique forme des enfants capables de réfléchir à ce qu’ils sont en tant que personnes, membres de l’humanité, citoyens d’un pays, participants à l’écosystème planétaire, etc. En fin de compte, elle conduit à l’idée que l’humanité pourrait avoir une « tâche cosmique », un sens supérieur de l’existence qui dépasse la consommation et la simple reproduction.
« L’éducation cosmique existe pour aider chacun de nous à découvrir sa tâche cosmique — pour l’espèce humaine comme pour l’individu. Pour la trouver, nous devons nous percevoir dans un contexte. Ce n’est qu’en connaissant les fondements de notre existence dans l’univers, nos relations avec les autres êtres vivants et en comprenant que, malgré toute la diversité culturelle, l’humanité est une, que nous pourrons répondre à la question : “Qui suis-je ?” »

Maria Montessori distinguait quatre périodes ou stades majeurs du développement de l’enfant. De six à douze ans, l’enfant se trouve dans la deuxième phase. Les caractéristiques clés de cette période sont : un intérêt accru pour le monde extérieur et la vie sociale au-delà de la famille, le passage du concret à l’abstrait et une vive curiosité pour la morale.
L’éducation cosmique répond à la prise de conscience naissante de l’enfant que le monde et la société qui l’entourent sont bien plus vastes qu’il ne l’imaginait et lui propose l’histoire de l’humanité tout entière, au moment même où il est le plus désireux de « sortir dans le monde » pour l’explorer.
« Les enfants au deuxième plan de développement ne se satisfont plus de ce qu’ils peuvent apprendre à la maison ou à l’école, ni de ramener toutes leurs expériences à ce qui se passe en eux. L’éducation cosmique embrasse un vaste champ de questions qui surgissent au cours de cette exploration du réel. »
Pensées avant tout pour éveiller l’imagination, les Grandes Histoires relient l’expérience sensorielle à l’entraînement de la pensée abstraite. Poursuivant ensuite leurs recherches de manière autonome, les enfants découvrent les notions de régularités du vivant (biologie), de lois de la nature (physique, chimie), de besoins fondamentaux de l’être humain (géographie culturelle), et bien d’autres encore.
« Le rôle principal de l’enseignant est de raconter l’histoire ; son étude approfondie relève ensuite surtout de l’élève… Une fois la leçon impressionniste terminée, les enfants sont libres d’explorer le sujet aussi loin que leur intérêt les porte. »
Nombre de psychologues s’accordent à dire qu’entre six et sept ans les enfants accèdent à un nouveau palier de développement moral. À ce stade, ils s’enflamment pour les questions de justice, d’honnêteté, de bien et de mal ; leur conscience s’ouvre.
« Les caractéristiques de cet âge en font le moment le plus propice pour poser les premières notions qui serviront de base à la recherche du sens de la vie. L’éducation cosmique aide les enfants de l’élémentaire à comprendre l’impératif moral qui devrait guider leur existence. »

Au XXᵉ siècle, Maria Montessori voyait dans l’éducation cosmique un moyen de prémunir l’humanité contre le risque d’autodestruction, alors nourri par les guerres et les conflits politiques. Au XXIᵉ siècle, la conscience globale, la coopération et la négociation pacifique sont plus que jamais indispensables pour faire face à des enjeux que Montessori ne pouvait même pas imaginer. L’éducation cosmique prépare les enfants à relever avec succès les défis du monde contemporain.
« En raison de l’influence incontestable que notre espèce exerce sur la vie de la planète, nous avons un devoir moral — une tâche cosmique — de nous confronter à des problèmes tels que le réchauffement climatique, la lutte contre la pollution, la gestion des ressources naturelles, la croissance démographique, l’impact du développement industriel, la protection des espèces menacées, l’usage responsable des biotechnologies, et d’autres enjeux mondiaux. Aujourd’hui, nous sommes unis comme peuple, comme civilisation, comme humanité, à un degré que Montessori n’aurait pu imaginer. »
« Il faut présenter l’univers aux enfants, écrivait Maria Montessori dans La formation du potentiel humain. L’univers, dans sa grandeur, contient la réponse à toutes les questions. » Montessori avait observé de ses yeux le désir profond des enfants de se comprendre eux-mêmes, de comprendre le monde et la place qu’ils y occupent. Son rêve était que l’éducation cosmique les aide à devenir des fils et des filles responsables de la grande famille humaine, en leur apportant la compréhension, l’éthique et la connaissance de soi nécessaires pour transformer le monde.
Pour citer encore les Duffy : « L’éducation cosmique apprend aux enfants à reconnaître les besoins fondamentaux que nous partageons et à respecter la diversité culturelle des façons d’y répondre. Une telle éducation peut nous conduire vers un avenir de véritable paix, celui dont rêvait Maria Montessori. »
— J. A. Baehr (avec gratitude envers Irene Baker et, bien sûr, Michael et D’Neil Duffy et leur remarquable ouvrage), www.forsmallhands.com
Publié en 2009.
Traduction : Xénia Troubetzkoï