Comment expliquer à un élève du primaire qu’il ne faut pas parler aux inconnus dans la rue et qu’il ne faut pas les suivre ? Réponse la psychologue Ioulia Gousseva. Ioulia Gousseva.
Comment expliquer à un élève du primaire qu’il ne faut pas parler aux inconnus dans la rue et qu’il ne faut pas les suivre ? Répond la psychologue Ioulia Gousseva.
L’inquiétude pour la sécurité amène souvent les parents à raconter trop d’histoires effrayantes, c’est-à-dire à faire peur. Et ces mêmes adultes reconnaissent parfois qu’en donnant l’information ainsi, ils craignent d’« en faire trop ». L’enfant peut finir par croire que tous les adultes autour de lui sont une menace : certains redoutent de sortir, partent en panique lorsque quelqu’un ne fait que poser les yeux sur eux.
Il est important d’expliquer à votre fils ou votre fille que tout le monde ne cherche pas à l’enlever, mais qu’on ne peut pas reconnaître à l’apparence seule une personne mal intentionnée. Pour sa propre sécurité, il vaut donc mieux ne pas engager la conversation avec des inconnus.
Les personnes malveillantes manipulent le plus souvent la serviabilité et la sincérité de l’enfant, son désir d’aider. C’est pour cela qu’elles demandent un chemin (elles engagent la discussion, puis, par exemple, demandent d’accompagner), demandent de l’aide, proposent un cadeau.
Le problème principal, quand un écolier accepte d’aller avec un inconnu ou monte dans une voiture étrangère, est qu’il lui est difficile de refuser d’aider quelqu’un. D’ordinaire, nous apprenons la serviabilité aux enfants : « aide tes parents, tes amis ». Et, ici, nous donnons des consignes opposées : « ne parle pas aux étrangers, fuis, crie ».
L’enfant se retrouve alors tiraillé : aider ou ne pas parler ? Malheureusement, l’expérience montre que beaucoup d’enfants répondent quand on leur demande une direction et s’approchent des voitures sans méfiance. Le message parental « il faut aider » se révèle plus fort que l’avertissement sur les dangers possibles venant d’inconnus.
Les discussions avec les enfants, les questions du type « Et que ferais-tu si… ? », les mises en scène montrent souvent que les écoliers s’écartent des consignes parentales. Par exemple, à la question : « Que feras-tu si un inconnu te demande où se trouve l’école ? », l’enfant peut répondre : « Je lui dirai un mensonge ».
Nos enfants serviables s’inquiètent parfois de ne pas avoir aidé alors qu’ils auraient pu. Il faut s’y arrêter un instant. Expliquez à votre fils ou votre fille que, dans le monde d’aujourd’hui, il y a beaucoup de passants autour. Demandez-lui s’il y a des gens dans la rue quand il/elle rentre de l’école. La réponse sera vraisemblablement oui. Dans ce cas, la personne qui a besoin d’aide peut s’adresser à d’autres adultes : elle ne restera pas sans aide.
Expliquez aussi que la plupart des adultes n’iront tout simplement pas demander quelque chose à un enfant, afin de ne pas le placer devant un choix difficile (aider / ne pas aider). Un adulte s’adressera à un autre adulte pour obtenir l’information ou l’assistance nécessaire.
Dites encore aux enfants que le demandeur peut lui-même se mettre dans une situation délicate sans y penser. Si un enfant, par exemple, se met à s’enfuir, cela attirera l’attention des passants, qui pourront croire qu’on l’a blessé ou qu’on a voulu l’enlever, et conduire la personne au commissariat où elle devra longuement s’expliquer qu’elle n’avait pas de mauvaises intentions…
La tâche principale de l’adulte est de faire comprendre à l’enfant que sa serviabilité ne s’applique pas aux inconnus dans la rue. Pour cela, il y a les adultes — auxquels doit s’adresser celui qui a besoin d’aide.
Astuce prévention : répétez ces scripts à voix haute 2–3 fois par semaine. Le jour J, l’enfant « sortira » la phrase sans hésiter.
Jeu de rôle parent-enfant (3 étapes)
Scénario court (30-60 s) : « Une personne demande un chemin », « propose un bonbon », « demande d’approcher la voiture ».
Phrase-clé (script) + mouvement vers un lieu sûr (entrée d’immeuble, magasin, parent, groupe).
Débrief express : « Qu’est-ce qui t’a aidé ? Quelle phrase te rassure le plus ? »
| Situation | ✅ À faire (règle) | ❌ À éviter | 🗣️ Formulation utile |
|---|---|---|---|
| Inconnu pose une question | Rester à distance, répondre brièvement ou ne pas répondre, aller vers un adulte | S’approcher, accompagner | « Je ne peux pas aider, demandez à un adulte. » |
| Inconnu propose un cadeau | Dire non merci, rester près d’un lieu sûr | Prendre l’objet, suivre la personne | « Non merci, je n’accepte rien des inconnus. » |
| Inconnu demande d’approcher une voiture | Garder une distance > 2-3 m, se déplacer vers du monde | S’approcher de la portière, regarder dans la voiture | « Je ne m’approche pas des voitures. » |
| L’enfant se sent mal à l’aise | Partir vers le parent / magasin / agent, appeler | Rester par politesse | « Je pars retrouver mon parent. » |
Dès le CP (6–7 ans) avec des mots simples et sans faire peur. On rappelle régulièrement les règles et on entraîne les scripts.
On évite les histoires terrifiantes. On reste factuel : « On ne sait pas à l’apparence si quelqu’un est gentil, donc on ne parle pas aux inconnus et on ne les suit pas. »
Plutôt que « mentir », on refuse poliment et on quitte la situation : c’est une compétence de protection.
On ancre : « Les adultes aident les adultes. Si quelqu’un a besoin d’aide, il demande à un adulte. Toi, tu me rejoins ou tu vas dans un lieu sûr. »
Seulement s’il se sent en danger : « Au secours ! Je ne connais pas cette personne ! » + se diriger vers du monde.
Courts rappels hebdomadaires + jeu de rôle. La répétition crée l’automatisme.
Texte fondé sur les réponses de la psychologue Ioulia Gousseva.
Mise à jour : septembre 2025.